Enseignement à distance de l’Amazigh: interview avec le directeur du Centre de la recherche didactique et des programmes pédagogiques de l’IRCAM

La pandémie de coronavirus a créé une situation exceptionnelle dans le monde et imposé le changement de nombre de pratiques et la mise en place de plusieurs mesures pour lutter contre la propagation de ce virus. Ces mesures ont touché différents domaines, dont l’enseignement, dans la mesure où le ministère de l’Éducation nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a décidé de suspendre les cours, depuis le 16 mars, et d’adopter l’enseignement à distance.

Au cours de cette interview, le directeur du Centre de la recherche didactique et des programmes pédagogiques relevant de l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM), Abdeslam Khalfi, répond à cinq questions de la MAP portant sur les défis liés à l’enseignement à distance de l’Amazigh et les moyens d’améliorer ce procédé.

1 Quelle est votre évaluation de l’enseignement à distance en général et de celui l’Amazigh en particulier ?

Depuis l’intégration de l’Amazigh dans le cursus scolaire, l’IRACM a préparé assez de matières pédagogiques numériques eu égard à l’importance de la technologie de l’information dans le processus d’apprentissage des langues. Parmi ces matières figurent des CD, des dictionnaires illustrés numériques et des applications disponibles sur le site électronique de l’Institut, outre la contribution de l’IRCAM au programme GENIE (Généralisation des Technologies d’Information et de Communication dans l’Enseignement au Maroc).

En cette période de pandémie, des associations et acteurs dans le domaine de l’enseignement de l’Amazigh ont investi les différents outils de l’enseignement à distance et intégré d’autres tels les cours disponibles au niveau du portail du ministère élaborés à cet effet et ceux diffusés sur les chaines de télévision marocaines.

En plus, il a été procédé à la création de groupes sur Facebook et Whatsapp pour partager les travaux des enseignants et des élèves. Cette opération a été facilitée par l’adhésion des acteurs éducatifs dans les associations régionales des enseignants de la langue amazigh.

En rapport avec l’enseignement supérieur, l’IRCAM a mis à la disposition des étudiants sa bibliothèque en ligne. De même, les professeurs universitaires assurent à distance des cours relatifs à la langue, la culture et la littérature amazighes, outre la contribution des étudiants chercheurs.

De manière générale, on peut dire que l’enseignement à distance est à encourager vu qu’il a fait émerger des potentiels de créativité et des capacités à exploiter dans ce domaine au niveau de l’IRCAM.

2-Quelles sont les principales contraintes auxquelles fait face ce genre d’enseignement et les moyens de les surmonter ?

Il s’agit des mêmes contraintes auxquelles font face toutes les branches de l’enseignement, notamment la non disponibilité d’outils logistiques pour accéder aux plateformes d’enseignement à distance chez les élèves en particulier ceux du monde rural, outre le manque de formation continue pour les enseignants dans ce domaine.

Parmi les contraintes aussi, il convient de citer le manque de coordination dans la production des cours en Amazigh au niveau des académies et le peu de temps accordé à la diffusion des cours en Amazigh dans les chaines de télévision.

Cette donne a exigé des enseignants davantage d’efforts pour fournir un produit éducatif diversifié prouvant l’engagement de ces cadres éducatifs dans ce projet.

A cet égard, il faut aligner le système éducatif avec la révolution numérique et ce, à travers l’intensification des plateformes numériques et des formations en la matière.

3- Comment peut-on améliorer la qualité de l’enseignement à distance de la langue Amazighe ?

Il est impératif d’accorder de l’importance à la formation continue et de tirer profit de l’expérience et de l’expertise dont dispose le Maroc dans le domaine des TIC. Il faut aussi encourager la recherche dans l’éducation numérique et promouvoir les recherches et exposés portant sur le numérique au sein des universités.

L’IRCAM a pris conscience, depuis le début, de l’importance des TIC et dispose dans ce sens d’un centre dédié à l’informatique et aux technologies d’information et de communication.

La tutelle est appelé aussi à déployer davantage d’efforts dans l’enseignement de la langue amazighe et à lui accorder la priorité et le temps qui lui sied en tant que langue officielle du Maroc.

4- Quelles sont les principales contributions de l’IRCAM à l’enseignement à distance de la langue amazighe ?

L’Institut royal de la culture amazighe a préparé des CD et accordé beaucoup d’intérêt à l’aspect éducatif dans son portail électronique. Il œuvre actuellement, dans le cadre de son programme pour 2020, pour l’élaboration des histoires ludiques interactives et des cours destinés aux adultes, outre la mise en place de plusieurs applications qui facilitent l’apprentissage du vocabulaire amazigh telles (TAL AMAZIGHE) (E DICTIONNAIRE) (APPRENDRE L’AMAZIGHE)

5- Comment peut-on, à votre avis, exploiter l’expérience de l’enseignement à distance après le confinement ?

En réalité, la présence physique dans l’enseignement demeure un pilier principal pour forger la personnalité de l’apprenant.

Cette expérience peut déboucher sur la conception d’un nouveau modèle d’enseignement pour améliorer les techniques d’apprentissage. Cependant, la technologie ne doit en aucun moment remplacer l’être humain et ne peut se substituer aux enseignants qui, face aux élèves, interagissent émotionnellement et intellectuellement avec eux.

Si on n’utilise pas la technologie pour renforcer la cohésion de la société et créer des relations humaines à même de transmettre le savoir et l’esprit collectif, elle pourrait se transformer en un outil renforçant l’isolement de l’être humain.

Source: mapexpress

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